Un blog dure quatre ans

Face Ecran (j’entends par là l’ensemble constitué par ce blog et ses versions précédentes sous le titre De Tout Sur Rien) a fêté ses quatre ans le 19 mars 2011. Quatre ans, c’est un bel âge pour tourner une page.

Je passe donc ce blog en mode Archive – dit autrement, je pense que je n’y publierai plus rien.

Rapide bilan de ces quatre années : pas mal de billets, du trafic, des coups de gueule, beaucoup de commentaires (merci à vous).

Raison de cette euthanasie : un “léger” ras-le-bol de la profession, de son côté feutré propre sur lui, de son immobilisme, de sa tiédeur.

Ras-le-bol aussi de voir que nous continuons collectivement, avec application, à nous suicider en pensant que nous travaillons – l’occupationnel, à quelque niveau que ce soit, remplit les emplois du temps au détriment de l’action réelle.

Je passe la main à d’autres, qui voudront gueuler un peu, s’il en reste – un blog s’ouvre en cinq minutes montre en main, et c’est maintenant à vous de jouer. Sortez du bois.

Voilà. C’est fini et ce n’est pas un poisson d’avril.

Les yeux BUA

Comme toute bibliothèque, nous engrangeons au cours du temps des clichés des lieux où nous travaillons, des actions menées, des gens qui font tourner la boutique et/ou que nous accueillons. Jusque récemment, ces photographies s’entassaient dans les disques durs de notre réseau interne, sans que personne ne sache plus exactement où elles étaient ‘rangées’ ; et sans que personne, non plus, ne puisse les voir (quand vous posez une chose dans une boîte fermée, cette chose devient invisible).

Fort heureusement, durant trois semaines fin février-début mars, nous avons eu le plaisir de voir débarquer à la BUA Adèle S, alias twittothecaire, conservatrice stagiaire appartenant à la promotion Boris Vian, DCB20, dont voici le blog (c’est le blog de la DCB20, pas celui de Vian…).

Comme nous avions un peu peur qu’elle s’ennuie, nous lui avons confié (entre autres missions secrètes) la réorganisation de ces images, et leur mise en ligne sur Flickr. Adèle s’est parfaitement acquittée de sa mission (merci à elle), et je vous invite donc à venir nous voir, les yeux dans les yeux.

Ouvrez la boîte à écrire

Un atelier en trois liens :

Jeudi à venir, prochain atelier, et la possibilité pour vous d’y participer depuis chez vous par le biais des commentaires de chaque ‘avant-texte’ lié à chaque séance.

Venez, on vous attend à partir de 19h00.

Persée a besoin de toi

(MàJ) Diverses sources bien informées et anonymes (moustaches et boots noires) indiquent que les choses commencent à bouger.
N’éteignez pas votre téléviseur.

Le formidable programme Persée est en danger.

Les personnes qui y travaillent demandent simplement à ce qu’on leur laisse le temps d’organiser les choses pour que le projet et les équipes soient préservés.

C’est le moment de les soutenir. Maintenant. D’une manière ou d’une autre.

Signé X

Une brève (forcément) échauffourée twittesque m’a opposé ce matin au collectif anonyme du dictionnaire du diable à propos de la question de l’anonymat. 140 caractères, c’est parfois un peu court alors je développe ici.

Je n’aime pas les collectifs anonymes ou les anonymes du milieu professionnel qui est le mien pour au moins deux raisons :

  • utiliser un collectif anonyme pour porter la critique au coeur des bibliothèques, c’est à mes yeux continuer la longue tradition de secret, de carré VIP, de communication à sens unique, dont il a déjà été question dans ce billet ou dans cet autre. Je trouve assez illogique, en fait, d’utiliser anonymement un outil public tel qu’un blog pour contester des pratiques comme “la censure” ou certaines instances : en faisant cela, on se place de fait dans les manières de faire qu’on dénonce ;
  • arguer d’un soi-disant risque professionnel à avancer à visage découvert me semble un tantinet exagéré (d’autant que je pense, en l’occurrence, que les rédacteurs dudit dictionnaire sont loin d’être des “soutiers des bibliothèques”). Le collègue qui tient Ma(g) Bu, par exemple, n’y va pas de main morte et, que je sache, il n’a pas été muté en Sibérie. D’ailleurs, d’une manière générale, utiliser cet argument du “risque”, c’est aussi me semble-t-il faire insulte à tous ceux qui, de par le monde, dans des conditions réellement dangereuses, signent et assument leurs billets de blogs et d’une manière générale, leurs prises de position (ouvrez les journaux, ou cherchez sur Google à “dissident”, vous trouverez de qui je parle) ;

Je pense par ailleurs, toujours dans cette ligne, que la contestation professionnelle ne peut fonctionner qu’à visage découvert, parce que c’est le seul moyen de donner corps à la remise en cause d’une institution. Sans cela, on reste dans le vague, le flou, le facilement rejetable par ladite institution.

A contrario, quand les remises en cause prennent visage et viennent de l’intérieur de l’institution, cette dernière ne peut qu’en tenir compte ou, en tous les cas, a beaucoup plus de mal à continuer à faire comme si il ne se passait rien.

Bref. Tombez vos masques, votre voix portera plus loin.

 

La loose – épisode 2 : Commandes permanentes

Encore une histoire de commandes d’ouvrages : normal, le SCD d’Angers dépense chaque année environ 350 000 € en livres neufs, et les acquisitions de monographies mobilisent :

  • 14 personnels de bibliothèque de catégorie B pour les sélections et le traitement bibliographique, au moins pour la moitié de leur temps ;
  • 4 personnels de bibliothèque de catégorie C pour la réception informatisée dans Aleph, là encore sur un bon mi-temps chacun ;
  • 2 personnels administratifs à mi-temps pour le traitement des engagements, commandes, mise en paiement des factures dans SIFAC ;

Plein de monde, des cultures professionnelles différentes, des procédures routinisées : tout est réuni pour que toute tentative de changement, même mineure, tourne au plan loose.

Celui du jour a  pris racine dans une idée de simplification séduisante sur le papier : puisque chaque année, en médecine et en droit les acquéreurs suivent de nombreuses collections, comme les codes ou les outils de gavage orientés Examen national classant, il m’apparaissait intéressant d’en établir la liste, de la transmettre au fournisseur (tout à fait partant) et de recevoir en avant première la quantité demandée. Rien de révolutionnaire, ce truc là fonctionne ailleurs. Nous sommes en mai quand je mets l’idée sur le tapis.

Plan loose 1 : mauvais timing.

Les acquéreurs sont partants et me transmettent, ponts de mai obligent, les listes de leurs marronniers préférés en ordre dispersé. Nous arrivons fin juin, idéal pour préparer la rentrée : je transmets une synthèse Excel au fournisseur. Mon interlocutrice est en vacances, la réponse tarde à venir et arrive sur papier quand je suis moi même partie en congés. Résultat, en septembre, rien n’a été commandé, et plus personne ne sait où il en est. Pour aller vite, on commande tout ça par voie normale histoire de répondre aux demandes pressantes des usagers : le fournisseur avait pourtant tout préparé. Loose sur toute la ligne.

Apprendre de ses erreurs : éviter de lancer des projets mobilisant plusieurs partenaires l’été, quand on ne peut pas en suivre toutes les étapes

Plan loose 2 : les deux faces d’une même pièce

Qu’à cela ne tienne, en janvier de l’année suivante, le fournisseur est prêt à repartir sur un plan commandes permanentes, les listes sont prêtes. J’engage un test avec l’acquéreuse et la réceptionneuse de médecine, en accord avec la bibliothèque numérique pour inscrire le truc dans Aleph. Las, comme pour l’EDI, nous avions négligé l’autre face de la pièce, le traitement administratif.

Ces commandes permanentes n’avaient fait l’objet d’aucun engagement ni bon de commande SIFAC, et le traitement de la facturation des commandes reçues est compliqué. Parallèlement, nous n’avons pas su paramétrer Aleph pour qu’il soit capable de sortir un bon de commande propre, avec les informations “de l’année” et sur un test limité les erreurs sont légion.

Face à l’échec, je jette l’éponge (jusqu’à la prochaine fois) sur 2 constats :

– La tenue d’une double comptabilité d’une part dans Aleph, d’autre part dans SIFAC, sans aucun autre lien, ni entre les personnes, ni entre les procédures que le passage d’un bon de commande sur papier rend toute forme de dématérialisation complexe. Même cause, même effet : le fait que les 2 faces d’une même pièce se tournent le dos a également fait tomber l’EDI la même année.

– Aleph est une machine puissante, mais reparamétrer un fonctionnement qui n’avait pas été prévu au départ, dans une structure conçue autour de la notion de budgets d’acquisition “annuels”, ne peut pas se faire sur un coin de table.

Moralité de tout ça : parfois de minuscules projets “d’intérêt local” touchent à des éléments structurants majeurs de l’activité et mettent en cause des équilibres établis dont l’analyse fine et la modification prendraient plus de temps que celui que l’on pourrait gagner à faire ces modifications marginales.

Nos 2 plans loose sur la gestion des acquisitions sont un bon exemple. Pour introduire de la nouveauté, mieux vaut d’attaquer à des secteurs périphériques impliquant peu de gens, ou tout remettre à plat comme dans le remarquable le travail accompli dans certains SCD, comme celui de Paris Descartes, qui, avec le Service Centralisé des Acquisitions du Livre a rassemblé toutes les questions de traitement informatique et administratif sur une équipe restreinte et spécialisée rendant par là possible un pilotage plus aisé d’une dématérialisation croissante des échanges avec les fournisseurs.

Duos

(MàJ : tout en bas, la photo qui va bien, avec Maupassant et Joe Strummer à la même table)

Sur le modèle de Bu-Plage, nous avons lancé ce lundi les Duos, mini-kits thématiques constitués de 1 livre + 1 livre ou 1 livre + 1 BD ou 1 livre + 1 DVD.

Dispositif plus light, mais même logique que Bu-Plage : proposer au moment des congés (cette fois, les ‘petites’ vacances), des ensemble de documents qui permettent de faire découvrir nos fonds et/ou d’entrer dans une thématique donnée, à partir d’assemblages proposés par les bibliothécaires.

Ping-pong

J’ai eu la surprise de découvrir à l’instant que notre maison-mère me faisait l’honneur d’un clin d’oeil ici (lire le PS). Je voulais réagir sur l’un ou l’autre point évoqué là-bas mais… il n’est pas possible de répondre sur place. Je le fais donc ici, en quelques lignes :

Chère Anne-Marie Bertrand, le fait même qu’aucun échange ne soit possible autour de votre éditorial, sur le site de l’Enssib, montre assez que, si le monde numérique n’est pas totalement étranger à l’école qui forme les cadres des bibliothèques de demain, cette dernière a encore beaucoup de chemin à faire. L’un des plus grands bouleversements du web est en effet justement le fait qu’il (le web) fait éclater les logiques verticales qui, comme je le disais récemment, structurent encore trop et l’école, et le milieu des bibliothécaires. Ce clin d’oeil unilatéral me semble donc être en soi une manifestation de plus de ce que j’avançais dans Grand corps malade.
Evidemment, les commentaires vous sont ouverts ici ou, mieux, nous pouvons aller discuter de tout cela sur votre site : il suffirait pour cela d’ouvrir un espace d’échanges sous votre éditorial (je gage n’être pas le seul à souhaiter débattre avec l’école et sa directrice sur leurs propres espaces).
Bien cordialement à vous, et en vous souhaitant l’énergie et le courage nécessaires pour mener à bien les réformes plus qu’urgentes dont la formation initiale et continue des cadres de bibliothèques a grand besoin.

Le caviar Lorrain

Ce billet était au départ une réponse à ce post de Liber Libri. Plutôt que de pourrir ses commentaires, j’interviens ici. On lira d’abord ledit billet.
On lira aussi la suite dudit billet (avec des morceaux de carte dedans)

A Bar-le-Duc, en Lorraine, on trouve des épépineuses de groseille qui travaillent à la plume d’oie et fournissent les fruits d’une confiture d’exception nommée le caviar lorrain (véridique). Personne ne remet en cause cette spécialisation et la précision ou la qualité de leur travail, mais personne non plus, je pense, ne trouverait logique que l’on ouvre des écoles dans lesquelles on formerait des bataillons d’épépineuses de groseille.

Tout le monde aura compris la métaphore. La question ici, il me semble, n’est pas de savoir si le catalogage est mort ou pas (il ne l’est pas, évidemment, mais en disant ça, il faut préciser les choses – j’y viens – pour éviter de conforter les réactions du type ‘bon alors je continue à faire ce que je sais faire et ce que je fais depuis 30 ans, de la dentelle’), mais de savoir qui s’y consacre, et pendant combien de temps, et pourquoi – dit autrement, la question est de savoir si c’est une affaire de spécialistes, ou pas.

Vu les évolutions métier et techniques, il me semble évident qu’il est plus que temps de passer du catalogage comme coeur de métier, ce qu’il a été et est encore dans l’esprit de pas mal de monde, au catalogage comme travail de spécialiste (ce que c’est vraiment). Dans la phrase ‘on ne catalogue plus’, je ne vois pas un constat, je vois une incitation politique : vous tous, vous ne cataloguerez plus mais quelques uns continueront à le faire parce qu’ils en seront spécialistes.

Derrière tout ça, on retrouve ces grandes problématiques toujours pas tranchées, celle de la professionnalisation et de la spécialisation ; celle de la formation, évidemment (le jour où nos structures de formation et les gens qui les pilotent prendront eux-mêmes certains virages conceptuels, on commencera à former les gens à autre chose qu’à une activité qui n’est plus le coeur de métier et en même temps, on formera enfin des spécialistes correspondants aux besoins – ce qui dans le même temps, veut dire aussi qu’on formera enfin en vrai, par exemple, les bibliothécaires à un accueil de qualité, entre autres).

Evidemment, ce qui précède esquisse un autre champ de réflexion, celui de la spécialisation et des profils  : pourquoi diable continuons-nous à demander la même chose à tout le monde, comme si tout le monde était ou devait être bon en catalogage ET en accueil ET en je ne sais pas quoi. Pourquoi ne pas considérer qu’on peut être un catalogueur épouvantable mais un excellent hôte pour les usagers  ? Et à partir de là, pourquoi ne pas tout simplement créer des spécialités réelles, des filières  ?

Enfin, juste pour finir, une remarque toute personnelle, quelque chose qui, on dirait, n’est jamais pris en compte : la question du rapport coûts/bénéfices/usages – si j’écris rentabilité, tout le monde va s’énerver. Très franchement, apprendre que quelqu’un de la qualité pro de la tenancière de ce blog passe 1/5ème de son temps à cataloguer, cela m’attriste beaucoup 😉 parce que, même si je ne doute pas un instant de la qualité de son travail et du plaisir qu’elle prend à faire un travail au cordeau, je me demande vraiment s’il est raisonnable de passer autant de temps à peaufiner des notices dont tout le monde sait que leur qualité ne servira qu’à une infime minorité d’usagers (où l’on revient aux épépineuses du début  : elles travaillent très bien, font des miracles, sont fières de leur travail mais franchement, à qui/quoi ça sert in fine, à part permettre de faire des reportages TV sur les vieux métiers ?).

PS : Ah , j’oubliais, une réponse à ce que dit Liber Libri : “Disons que ce qui m’a hérissée, c’était un discours qui tendait à montrer que les bibliothécaires avaient désormais tout leur temps pour faire de la médiation, ce qui est faux” > ils n’ont pas tout leur temps pour ça (la médiation) parce qu’ils continuent à cataloguer – CQFD